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Morilles de feu 2026, jour 2 (suite)

  • 29 juin
  • 3 min de lecture

Journal de bord de Claire Benoît, chef d'expédition


J’en étais où? Ah oui, à la chasse aux trésors qui commence. Tout le monde a bien en tête les fameux microsites à passer au peigne fin. Mon groupe ne quitte plus le sol des yeux. On n’avance plus! C’est le moment de regrouper les troupes et de s’organiser pour être le plus efficace possible.


En sachant que nous devrons revenir sur nos pas en fin de journée, je décide d’amener le groupe à l’extrémité du plateau de pin gris afin de cueillir les morilles sur le retour, autant pour limiter le poids à transporter que pour maximiser la fraîcheur des champignons par cette chaleur intense.


Pas si facile d’entraîner le groupe à me suivre car la tentation est trop grande de regarder le sol. Je sens que les ventres se creusent, voilà l’argument pour faire avancer les troupes! « Les filles, on se rend au bout et on prend une pause dîner! » Ça marche, fiou! On traverse le brûlis 2023, le petit secteur qui a brûlé une deuxième fois en 2024 et nous élisons domicile pour dîner à l’extrémité du plateau de pin gris.


Nous voici le ventre plein, prêtes à s’attarder au pied des arbres, un genou au sol pour scruter des yeux les microsites. Les talkies-walkies dans les poches, nous formons une ligne droite, espacées d’une vingtaine de mètres les unes des autres, assez éloignées pour avoir un beau terrain de jeu mais assez proches pour s’apercevoir et s’assurer que nous avançons au même rythme, telle une battue à traquer des … champignons.


Nous avançons, les talkies-walkies restent silencieux, pas de morilles à l’horizon. Je garde espoir, le secteur brûlé en 2024 approche, j’ai pu constater que le sol avait à nouveau brûlé, créant ainsi des microsites plus grands. Visuellement, nous n’avons aucune difficulté à distinguer les secteurs qui ont brûlé deux ans de suite, ça saute aux yeux! Le sol est noir, la régénération plus basse, mais le plus marquant est l’absence de thé du Labrador dont la floraison bat son plein, créant un tapis de pompons blancs dans le brûlis 2023.


On avance, on passe au peigne fin, toujours aucun son dans les talkies-walkies. Il y a bien des champignons au sol mais rien avec les petites alvéoles caractéristiques des morilles. Il faut bien se rendre à l’évidence, nous reviendrons bredouilles ce soir. Sacrées morilles! Ce n’est pas pour rien qu’elles sont si rares et si prisées. En cette année 2026, le mystère des morilles de feu demeure aux abords de la rivière Moisie.


Dans toute cette aventure, nous n’avons aucun regret. Nous avons la satisfaction d’avoir essayé jusqu’au bout et d’être certaines de ne pas avoir laissé des dizaines de kilos de champignons se dégrader sur le terrain.


J’ai éprouvé également une certaine émotion à parcourir ce feu 2024. Ce feu qui avait été allumé par la foudre le jour même où nous quittions le bois deux ans plus tôt. Je me souviens encore de cet orage : nous attendions le train et il nous avait littéralement rincés. Les trombes d’eau qui étaient tombées pendant plusieurs minutes avaient détrempé tous nos bagages et il s’en était suivi des nuages d’insectes plus voraces les uns que les autres alors que nous étions dépourvus d’abri moustiquaire et que les huiles à mouches n’avaient pas grand effet.


De retour à la maison, le stress était encore bien présent pendant plusieurs jours car le risque que la palette de matériel qui devait être rapatriée un peu plus tard pouvait partir en fumée avec le feu qui se dirigeait dangereusement vers le chemin de fer était bien réel. Finalement le feu s’était arrêté à quelques kilomètres et j’avais enfin pu pousser un énorme soupir de soulagement.


De retour au présent, cette journée remplie d’émotions (impatience, espoir, déception, accomplissement, …) s’est clôturée autour d’un bon repas suivi d’une bonne nuit de sommeil. Après 4,4 km de marche et l’équivalent d’une ascension de 25 étages, ça n’a pas veillé tard!

 


 
 
 

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