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Morilles de feu 2026, jour 4

  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

Journal de bord de Claire Benoît, chef d'expédition


6h, il faut chaud dans la tente, je me lève. Les matins se suivent et se ressemblent : soleil, chaleur et mouches noires. La journée va être éprouvante mais j’ai un certain pincement au cœur en me disant que c’est la dernière journée. Nous avons pris la décision hier, celle de quitter une journée plus tôt à cause de la pluie annoncée le 1er juillet. Et comme nous sommes chanceuses, Steeve notre pilote nous confirme qu’il a un créneau de disponible en fin d’après-midi.


En prenant notre déjeuner, nous discutons du plan de la journée. Rapatrier nos bagages personnels (matelas de sol, sacs de couchage, vêtements), faire la cueillette de fleurs de thé et démonter le camp de base (tente, abri moustiquaire, séchoir) au dernier moment. D’un coup que l’hélico ait un empêchement de dernière minute, nous ne voudrions pas avoir à remonter nos tentes.


Armées des talkies-walkies pour assurer nos communications, notre sécurité et pour s’échanger quelques blagues, nous parcourons les alentours du camp de base à la recherche des gros pompons.


Il est 15 h, il est temps d’arrêter la récolte et de démanteler complètement le camp de base. Le fruit de notre dur labeur s’élève à 3,10 kg de fleurs de thé, une quantité appréciable qui va permettre d’honorer les commandes de mes clients. En cette saison de récolte qui bat son plein, il a fallu concilier les tâches courantes de Trésors de bois et l’expédition, c’est mission accomplie.


16 h 15, tout est remballé et déposé sur les lieux du pad d’hélico. Tout au long de l’expédition, nous avons formé une équipe efficace, chacune ayant ses forces, on se complétait très bien. Le pilote nous informe qu’il aura un peu de retard. Il ne nous reste qu’à profiter de ces derniers instants, là-haut sur un sommet de montagne, au milieu de nulle part, avec une vue imprenable, à discuter de tout et de rien, à l’abri des mouches sous nos filets.


À l’arrivée de la machine, la première à vouloir embarquer, c’est Gadelle, qui a bien compris que le meilleur moyen d’échapper aux mouches qui la rendent folle, c’est de monter dans l’hélico. On décolle, Steeve survole l’emplacement du camp de base, le plateau de pin gris et notre site de camping de 2024, c’est émouvant. Tout près de là, Steeve qui a un œil de lynx aperçoit un orignal qui se nourrit sur le bord de la rivière Moisie. Nous l’apercevons à notre tour. Cet animal si imposant a l’air minuscule du haut des airs. Le passage de l’hélicoptère ne suscite aucune réaction chez lui, il continue de s’alimenter comme si de rien n’était.


Arrivées à l’héliport, la famille d’Élodie est là pour nous accueillir et nous aider à décharger l’hélicoptère et charger les véhicules. Steeve nous donne un service VIP en nous offrant de quoi trinquer. En sirotant nos boissons, nous échangeons nos premières impressions et nos meilleures anecdotes, entre autres Gadelle qui hurle aux loups en pleine nuit et une gang de filles qui découpent un melon d’eau à la scie pliante, il y a de quoi rire pendant des heures.


Nous reprenons la route vers Clarke City, un arrêt est requis au dépanneur, j’ai honte d’entrer dans cet état-là (couverte de suie et pas lavée depuis quelques jours) mais je ne peux résister à l’envie d’une grignotine réconfortante. À la maison, juste le temps de décharger l’essentiel, d’installer les fleurs de thé dans le séchoir et je saute dans la baignoire. Fatiguée, je tombe de sommeil devant le match de soccer de la France (mon pays d’origine) que j’avais enregistré. Je ne pouvais quand même pas manquer la coupe du monde de la FIFA qui a lieu tous les 4 ans.


Avant de se quitter, Andréanne a posé la question à Élodie : Reviens-tu l’an prochain? Élodie a hésité à répondre. Geneviève est venue à son secours : Tu n’es pas obligée de répondre tout de suite. Et moi? Même moi en ce moment je dirais non. Mais dans quelques mois, lorsque la saison des feux de forêt sera terminée, l’envie de repartir à l’aventure sera peut-être plus forte que tout. À suivre…



 
 
 

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